1 - Minouche - 4:00
2 - A tout moment la rue - 4:29
3 - Le coeur Australie - 3:27
4 - Je m'obstine - 5:41
5 - Sous ton aile - 5:29
6 - Cet instant-là - 4:02
7 - Mort j'appelle - 3:45
8 - Nous sommes du hasard - 4:09
9 - Clash - 5:26
10 - Ma blonde - 3:50
11 - Mille voix rauques - 5:40
12 - Ma nébuleuse mélancolique - 4:11
Le problème lorsque j’attends pendant longtemps la sortie d’un album, et que lorsqu’il sort il s’avère de qualité, c’est que je me mets alors à l’écouter en boucle pendant quelques semaines jusqu'à arriver à saturation. C’est exactement ce qu’il s’est passe avec ce nouvel opus d’Eiffel. Je l’ai tellement écoute, que lorsque l’album est finalement arrive chez moi (merci a l’importeuse d’ailleurs) je l’ai fait retourner une paire de fois, en examinant la pochette et le livret et puis je l’ai laisse dans un coin afin de laisser tout ca mâturer un peu. C’est bien beau d’écouter un disque jusqu'à plus soif, afin d’en saisir toutes les subtilités, encore faut-il prendre du recul pour avoir l’illusion d’écrire une critique relativement subjective (illusion, illusion, petit fan !). Nous voici donc deux mois plus tard avec une bonne idée de ce que ce disque m’a apporte, et donc prêt à écrire finalement.
Suite de titres sans forcement de rapports les uns avec les autres, mais portant une touche eiffelienne désormais bien marquée. Démarcation des disques précédents par plusieurs points. Le plus important est la production, beaucoup plus importante que sur Tandoori, avec des arrangements recherches, de l’addition d’instruments, amenant une nouvelle richesse à ces titres d’Eiffel. Mais ils n’en ont pas pour autant délaissé la rage, la nervosité, le rock a l’état brut. Ils sont même plus proches que jamais de ce stade sur certains titres. C’est juste que l’assemblage guitare/basse/batterie a été enrichi afin de produire quelque chose de nouveau.
Un bien bel objet aussi, avec cette jolie pochette, un peu froide, sobre, qui contraste complètement avec le verso qui lui est bariole, très chaud, afin de souligner une sorte de dualité, une capacité à couvrir le spectre des possibles. Quelques photos des trois compères du groupe (Romain Humeau encore et toujours a la guitare, au chant, a la composition et production, Estelle Humeau passée pour l’occasion a la basse et Nicolas Couret, batteur originel d’Eiffel revenu pour notre plus grand plaisir). Encore une fois, alternance de photos sérieuses et d’autres plus déjantées montrant les possibilités… Cela plus un livret sobre rassemblant les textes (superbes dans l’ensemble) des chansons, donne un très bel emballage.
Minouche : Ouverture calme de cet album avec petit rythme acoustique avec des relents électriques en fond. Apparition progressive des instruments et des motifs plus évolués, jusqu'à la présence de la voix, et du texte précis, sans détour, prenant aux tripes. Chanson plutôt calme en apparence, la colère est surtout portée par la voix et ses variations. Tout est précis, propre, efficace, afin d’en faire une chanson quasi parfaite dans ce registre. Une grosse claque pour ce début d’album.
A Tout Moment La Rue : Ca j’en ai déjà parle ici. Juste à dire qu’elle s’insère vraiment bien après Minouche, apportant progressivement une montée en puissance.
Le Cœur Australie : Première explosion de l’album, la chanson part a toute vitesse et ne s’arrêtera pas avant de nous avoir laisse essoufflé, des images d’Australie plein les yeux (bon ca c’était pas trop dur pour moi…). Les références se suivent, s’entrelacent, et nous transportent. Un moment intense, dont on sort un peu étourdi, d’images tournantes et de guitares intenses.
Je M’Obstine : Une petite référence au parcours que le groupe a eu depuis sa création et plus particulièrement depuis la sortie de Tandoori et la perte de leur maison de disque. Sorte de manifeste décrivant la volonté du groupe de s’en sortir envers et contre tout. Encore de très belles paroles alternant les métaphores et les attaques frontales. Cette bataille constante pour la survie, pour le plaisir de faire ce qu’ils aiment, même s’ils doivent bosser comme des forçats. Le titre s’emploie à illustrer le propos, avec une répétition des motifs, et une augmentation graduelle de l’intensité, allégorie de l’obstination du groupe (comment ca je vais chercher des explications compliquées ?).
Sous Ton Aile : Intro étrange dans l’atmosphère a laquelle succède une ouverture graduelle avec en première place un banjo et des sonorités rappelant fortement 16 Horsepower, une des inspirations majeures du groupe. Une rythmique qui rentre dans la tête et ne veux plus en sortir. Pas extrêmement évolué, mais des superpositions de sonorités intéressantes. Un refrain résonnant, qui me prend et ne me lâche plus. Une chanson classique mais qui marche tellement bien… Et puis quand même, quelques vers assassins dissimules ici et la sont vraiment croustillants.
Cet Instant La : On repart dans des rythmes rapides, afin d’illustrer le propos de cette nouvelle chanson. L’idée est de vivre l’instant présent, de profiter tant que l’on peut plutôt que de voir la fin imminente. « Tu dis que ca ne durera pas, mais prenons le cet instant la ». C’est tout à fait mon état d’esprit actuel, une sorte de Carpe Diem permanent. Je dis oui, et encore oui, malgré quelques facilites dans les schémas de cette chanson.
Mort J’appelle : Mise en musique d’un texte du poète François Villon. Après avoir vu ce qu’Eiffel a réalisé avec du Vian (Je voudrais pas crever) on pouvait s’attendre a un grand moment, mais malheureusement, ce titre sonne un peu creux, un peu trop emprunte, trop gentil. Volonté de respecter le texte original, de réaliser un titre calme au milieu de l’album ? Je ne sais pas. Toujours est-il que cela donne un passage assez faible et plutôt éloigné d’Eiffel.
Nous Sommes Du Hasard : On revient dans le rythme de cet album avec une chanson dans la lignée de Cet Instant la et Sous Ton Aile. Une chanson rock efficace, mais qui commence a soulever la question du manque d’inspiration, de par sa ressemblance aux chansons précédentes et ses arrangements un peu faciles. Cela reste une chanson agréable malgré tout, avec des textes pertinents, sans plus.
Clash : S’il fallait être rassure sur la capacité de création de monsieur Humeau, c’est chose faite avec ce titre. Un titre direct, frappant droit au but, avec des changements de rythmes, de ton de la voix et extrêmement sympathique de par ces prises de risques dans la voix souvent a la limite de la rupture. On se sent pris dans la course du monde. On file droit au clash comme la planète et on en sort comme le chanteur, essoufflé.
Ma Blonde : C’est la chanson qui me déstabilise le plus sur cet album, elle a un cote un peu malsain, qui me met mal a l’aise. Je ne sais pas l’expliquer. Toujours est-il qu’elle coule comme il faut. Je n’ai pas trop de mots pour elle, je suis un peu déstabilise à vrai dire.
Mille Voix Rauques : Un début au piano surcharge par un bruit lourd avant l’introduction progressive des instruments. Des motifs basiques mais tellement rock. J’adore ca, ce « canon » d’instruments. La simplicité est de rigueur mais cela porte une chanson tellement forte. Les bases mon bon monsieur, les bases, il n’y a que ca de vrai. Mille voix Rock en fait. Une pépite rock jusqu’au point de rupture ou tout s’arrête avant de laisser la place a des voix remplaçant le synthé. Assez original, comme rythme de fond qui se trouve vite submerge par le retour en trompe du trio guitare/basse/batterie. Et que l’on martele encore et encore ces phrases puissantes. Un très grand moment.
Ma Nébuleuse Mélancolique : On conclut l’album par une chanson un peu plus aérienne, plus rêveuse, avec des relents manouches en arrière plan. Une chanson hantée qui clôture un album de toute beauté par des interrogations, par une ouverture. La ou nombre d’autres termine en achevant l’opus, ce titre la ouvre l’esprit pour la suite, que l’on espère arriver très vite. Encore de nouvelles pistes pour les orientations futures ?
Au final un album superbe, qui souffre de quelques moments un peu plus faibles, mais rempli de poésie, de textes superbes et de titres accrocheurs. A tout moment la rue tourne pas mal sur les radios et je ne peux que souhaiter au groupe d’acquérir un peu plus de notoriété, ils le méritent amplement. A voir absolument en concert. J’y ai envoyé mon frangin et ma frangine, pour des concerts excellents (voir la revue de Guic). La machine est belle et bien relancée, rien ne s’oppose a leur ascension. Il ne leur manque qu’un titre cartonnant auprès du grand public pour complètement décoller (un équivalent du ‘Aux Sombres Heros De L’amer’ de leurs amis).
Les trois meilleurs moments : Mille Voix Rauques, Minouche et Clash ou Sous Ton Aile en fonction de l’humeur
Kiss – Sonic Boom
Alice In Chains – Black Gives Way To Blue
Creed – Full Circle
Ce que vous me dites